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Saison 2019-2020

 

 

 

Plans d'entraînement

 

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Publié par Franck

Se lancer sur le mythique Grand Trail des Templiers a été facile, il a suffi d’un appel de Christian pour me dire : j’ai la chance rare de pouvoir avoir quelques dossards, il ne faut pas hésiter, ce n’est pas certain de se reproduire de si tôt. Argument fort convaincant, qui fait que je ne prends pas le temps de vérifier que le parcours fait 78,8 kms et 3650m de D+, ni ne lit aucun récit de coureurs ayant fait ce trail et donc je dis "bien sûr Christian, tu peux compter sur moi".

J’ai donc décidé ensuite d’ajouter le Trail du Bout du Monde début juillet et le Trail de Belle Ile mi-septembre, en répétitions de cette course majeure des Templiers, la plus longue, magique et la plus dure que je n’avais jamais faite. Nous partons à 7 depuis la Ville-du-Bois le samedi, et j’ai toujours un doute dans ma tête quant à mon ménisque au genou gauche qui me faisait souffrir les 2 semaines précédent la course… Mon kiné m’a dit 2 jours avant : "cela devrait aller pour courir, je ne peux juste pas te garantir que ton genou tiendra sur une si longue distance".

Nous étions 7 au départ, peu avant 5h45 ce dimanche 21 octobre à Millau, par un temps clair et 9 degrés, des très bonnes conditions après une nuit un peu chaotique. On rentre dans la file du départ 2 minutes avant et donc on démarre du fond, car il y avait soit disant des SAS (si tu penses faire moins de 13h, prend le SAS numéro 2), mais on ne les a pas vus.

Les premiers kilomètres se passent sur le bitume, une route assez large car nous sommes 2500 au départ et tous groupés pendant cette première heure de course. Cela démarre plat puis faux plat montant et dès le 6e kilomètre une première côte qui donne le ton de la course et beaucoup commencent à marcher lorsque la pente s’accentue. Cette première difficulté avalée, la route se transforme en chemin assez large et sans difficulté majeure sur les 15 kilomètres suivants. Vers le 20e km alors que les frontales sont rangées, le lever du jour est splendide ; ensuite commencent les premiers singles et des ralentissements importants et même quelques minutes d’arrêt en descente pour permettre au flot de s’écouler. Vient ensuite le premier ravitaillement au 23e km au niveau de Peyreleau que j’atteins en 1035e position et en 2h50, avec une belle marge sur la barrière horaire.

La course est lancée pour attaquer la seconde grande difficulté, la montée du ravin de Malbouche au départ de Peyreleau, la chapelle de Saint Jean-des-Balmes, le domaine de la Roujarie avant de retrouver le villagema caussenard de Saint André-de-Vézines où a lieu le second ravitaillement au 35e km. Je me sens très bien lorsque je vois Florence et Philippe au ravito, je suis alors très confiant et le coeur léger. J’atteins Saint André en 4h38 en 910e position mais ayant fait vu ma moyenne baisser à 7,55 km/h depuis le début, et il faut dire que le dénivelé (on a déjà avalé 1450m de D+) et les singles n’aident pas à aller beaucoup plus vite.

Le parcours repart vers le sud ensuite et passe par le village moyenâgeux de Montméjean, la remontée sur les falaises du Rajol, Roques Altes, avant de rejoindre la Roque Sainte Marguerite en forte descente, une section nerveuse qui ne manque pas de surprises. C’est à partir de là, vers le 42e km, alors que j’avais passé mi-course le 39e km en 5h, et que je me disais pouvoir faire moins de 12h, et pourquoi pas mieux, que mes plans ont changé. En effet, la douleur au ménisque s’est réveillée et me faisait très mal si je courais en descente… je me suis donc mis à trottiner, voire à marcher, et surtout cogiter sur comment faire les 35 derniers kilomètres avec un tel handicap ? Là je pense à tous mes entrainements depuis le printemps, je pense à mon abandon au

Trail du Bout du Monde que je ne veux pas revivre, et surtout je pense à plus grand que moi, des types comme Mike Horn qui ont effectué des exploits bien plus grands et qui ont vécu des difficultés plus élevées. Je me dis aussi qu'avec mes 2 heures d’avance sur la barrière horaire, je peux finir donc je dois finir. En bas de cette descente de la Roque Sainte Marguerite, je passe pourtant en 864e place en 6h15. Je m’arrête et demande à des spectateurs si ils ont de la pommade type Voltarène ou autre chose qui peut m’aider : très gentiment ils me donnent un efferalgan et de l’huile d’arnica / gaulthérie. Je repars sur du plat moins d’un kilomètre avant d’attaquer la remontée sur le Larzac pour se hisser à Pierrefiche, sur une montée de 345 mètres de D+ sur seulement 2.2 kms, autant dire la plus dure depuis le début. Mais en côte mon genou ne me fait pas souffrir. Je passe en 6h55 et en 817e position au niveau du ravito du 50,2e km. Donc en plat ou montée, ne souffrant pas, j’arrive à gratter des places, que je reperds dès que la prochaine descente arrive.

Et c’est le Larzac qui s’étale à l’horizon, belles allées bordées de buis centenaires, monotraces en surplomb, passages très aériens au dessus des corniches du Pompidou. J’arrive au kilomètre 54,6 en 790e position, car le chemin enchaine plats et légères côtes.

C’est toute la vallée de la Dourbie qui dévoile alors ses charmes, son caractère intimiste en plongeant sur le hameau de Massebiau par la descente du Roubelier. Au point de passage du Mas de Bru au 63e km, je pointe en 757e position en 9h10 de course. Je sais bien qu’il ne reste "que 15 kilomètres", mais je ne me doute pas à ce moment là que je vais mettre 3h43 à les effectuer ! Car ensuite dans la descente vers Massebiau, je souffre à nouveau, bien qu’ayant fait appel à un médecin à Pierrefiche, les effets du Voltarene s'étant estompés. J’atteins le ravito du 67e km en 791e position, m’étant accroché tant bien que mal dans la descente à limiter les dégâts. Je vois à nouveau Florence et Philippe, mais je suis nettement moins frais qu’au 35e kilomètre, les photos de Florence en témoignent. Je sais qu’il me reste 2 difficultés majeures et les difficultés sont bien réelles comme la montée de 500m de D+ vers le Cade, la descente technique du CAF, puis la montée sur le nez rocheux de la Pouncho d’Agast par le Faux Monnayeur avec une pente finale à 60% où l’utilisation des mains était obligatoire. Je monte la côte du Cade à 3,55 km/h, et j’arrive au 71,3e km en 11h de course et 780e position.

Il me reste 1h53 pour effectuer les derniers 7.5 kms avec deux descentes très pentues et le fameux Pouncho d’Agast où celui qui me précède, en plein effort, me dit : "ce n’est pas possible que celui qui a fait le tracé de cette course l’ait aussi courue". Mais arrivé en haut de ce dernier sommet avec donc 3640m de D+ dans les jambes, je me dis que mon rêve va devenir réalité. Il ne reste qu’une descente de 3 kilomètres environ, il fait beau et encore jour, et j’essaie d’oublier mon genou pour profiter de ces moments magiques, traverser la grotte du Hibou sans ressortir la frontale, puis me laisser glisser jusqu’à Millau où une foule dense est massée sur les derniers 800 mètres. Je vois tous mes compères de Route 109 ou presque (car Pierre est encore en course mais un peu derrière) et je suis si heureux et fier d’avoir réussi à m’accrocher pour finir à une belle 833e place, à la fin du premier tiers des concurrents.

Jusqu'au bout de son rêve !

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Houria 14/11/2018 08:40

Merci Franck de nous faire partager cette aventure extraordinaire, malgré ta blessure tu t es accroché à ton rêve.
Bravo.....

Laure 13/11/2018 20:08

Merci de ton témoignage, une belle leçon de courage et de persévérance....

Jean 13/11/2018 10:03

Merci Franck pour ton superbe récit et bravo encore pour la perf. J'espère que cela donnera envie à d'autres parmi nous.